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MARGUERITE PILVEN - Textes sur l'art contemporain |
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| présentation | classiques contemporains | interviews | 2009 / 2010 |
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REGARDS CROISÉS
Cet été, des tableaux de l’artiste Anna Mark sont exposés au château de Ratilly, une superbe bâtisse construite au 13ème siècle dans la campagne bourguignonne. L’architecture comme « espace pensé » rejoint les préoccupations plastiques de l’artiste, frappée lors de voyages en Grèce par « le lent déplacement des ombres sur les murs blancs », les «.villages blanchis à la chaux où les espaces extérieurs et intérieurs s’entremêlent ». Le cadre exceptionnel du château est l’occasion pour l’artiste-peintre de confier à Illés Sarkantyu la réalisation d’un film portant sur l’exposition. La dynamique d’ensemble du film repose sur un constant va-et-vient entre les œuvres de l’artiste et le château qui les abrite. Le regard du spectateur est entraîné dans un jeu d’habiles résonnances formelles, entre l’espace construit des tableaux et celui de l’édifice. Il ne s’agit pas d’un documentaire, dans le sens où le film ne se contente pas de présenter un évènement ni de le commenter. |
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| L’artiste a eu carte blanche. Le film est une œuvre à part entière, qui reconstruit un nouvel ordre plastique à partir de séquences filmées de l’événement. Sarkantyu prend le temps d’observer les spectateurs, le déplacement de leur corps, leur relation à l’espace et aux œuvres. Il filme aussi les concerts clôturant l’événement, dont le montage d’extraits sert de bande-son. La lumière est un autre facteur que Sarkantyu a attentivement filmé au fil des heures, redessinant le volume des pièces, modulant au gré de ses intensités la surface accidentée des tableaux de Mark. C’est aussi la lumière venue frapper le verre protégeant les dessins qu’il filme, pour perdre le regard dans les reflets venus perturber la quiétude des tableaux, superposer à leur espace autonome celui, hétérogène, du dehors. Les peintures procèdent elles- mêmes de cette rencontre entre l’espace extérieur du monde et l’expérience intérieure de l’artiste qui en recherche l’ordre caché. Une séquence du film montre d’ailleurs un moine regardant de grands tableaux blancs qui forment un triptyque. Clin d’œil au Carré Blanc sur Fond Blanc de Malévich ? Une proximité esthétique relie Anna Mark et Illés Sarkantyu. La peintre a mentionné l’héritage des constructivistes et le photographe et vidéaste Sarkantyu a suivi l’enseignement de l’Université des Arts décoratifs de Budapest, très marqué par le Bauhaus. Un même attrait pour un art construit et rigoureux caractérise leurs travaux. Le film de Sarkantyu sur l’œuvre de Mark n’est pas seulement pertinent : il orchestre un dialogue de formes entre elles et souligne une manière de voir, jette un éclairage nouveau sur le travail du peintre et le renouvelle à la fois. |
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Marguerite Pilven, dans The blog trotter, 2008 |
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photos : courtesy Illés Sarkantyu © textes marguerite
pilven |